#balancetonbar ou le viol sous GHB

Un verre pris dans un bar ou une boîte de nuit, et puis plus rien. Plus de souvenirs, juste l’impression floue, le lendemain, qu’il s’est passé quelque chose. Un viol. Marie a eu de la « chance ». Ce soir du 30 octobre, au O’Sullivans, un bar du quartier Pigalle à Paris, elle « s’est écroulée au sol après avoir bu son verre », raconte l’amie qui l’accompagnait. La jeune femme d’une vingtaine d’années pense avoir été droguée à son insu, ce que confirmeront les analyses réalisées quelques heures plus tard à l’hôpital : intoxication au GHB, la drogue dite du violeur.

Le cas de Marie est loin d’être isolé. Depuis la rentrée, les collectifs féministes reçoivent de nombreux récits de ce type. Tous décrivent un scénario immuable. Une sortie entre amies. Un verre ou deux. Des bouffées de chaleur, des vertiges, l’envie de vomir. Puis le trou noir. Un réveil chez soi ou chez un inconnu. Et ce sentiment de honte mêlé de culpabilité.

Sur les réseaux sociaux, le mouvement #balancetonbar, lancé en Belgique début novembre, a rayonné à travers de nombreux pays (#denunciatubar en Espagne et en Colombie ou encore #calloutyourbar au Royaume-Uni). « Il n’y a pas un seul endroit où les femmes sont en sécurité, soutient Dounia Salimi, 26 ans, cocréatrice des premières pages Instagram en Belgique et en France. Ma cousine a été droguée dans un bar en Espagne, moi c’était par un copain de promo à Paris, mon amie à l’origine du mouvement en Belgique soupçonne un gérant de bar bruxellois. »

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En France, des comptes Instagram ont été lancés à Paris, Lille, Toulouse, Nantes, Montpellier, Grenoble, où affluent les témoignages sur des cas d’intoxication et de violences sexuelles subies dans des bars. Cette libération de la parole a donné lieu à de nouveaux mots-clés, comme #metooghb et #doublepeineghb, reprenant le nom de l’une des substances les plus utilisées.

Plaintes dans plusieurs villes

Le 8 novembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « administration de substances nuisibles », regroupant actuellement onze plaintes, dont celle de Marie. Confiée au commissariat du 18e arrondissement, elle concerne des faits survenus « courant octobre, début novembre », dans des établissements de Pigalle, rapporte au Monde le parquet de Paris.

« Des analyses toxicologiques sont en cours ou vont être faites prochainement », précise encore le parquet. Ces analyses, réalisées sur les cheveux des plaignantes, doivent être effectuées un mois après les faits, pour des résultats rendus deux mois après le prélèvement – le GHB a une durée de vie courte, il reste entre six et huit heures dans le sang et dix à quinze heures dans l’urine. Selon la loi contre les violences sexuelles et sexistes, votée en 2018, l’usage de drogue lors d’un viol ou d’une agression sexuelle constitue une circonstance aggravante. Par ailleurs, administrer une substance nuisible à une personne dans le but de l’agresser sexuellement est en soi un délit, puni jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende.

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